Mini journal de guerre

Avec Olga, Pacha, irina, Tola, Valera...

Nous préparions un voyage en Ukraine, trois semaines en avril 2022, quelques français de retour dans la zone de Tchernobyl. L'armée russe campait par là.
Nous échangions avec Olga pour préparer ce voyage, nous parlons désormais de la guerre.

Mini journal de guerre, février 2022 - février 2024 : Tchernobserv
Le texte d'introduction au nouveau format du journal est en bas de page.


Vendredi 1/3, 0h30

Fuku.

L'opérateur de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima a envoyé des mini-drones dans l'un des trois réacteurs gravement endommagés par le tsunami de 2011, dans lesquels se trouvent toujours des tonnes de combustible et de débris fondus hautement radioactifs. «Nous avons envoyé deux drones» à chaque fois mercredi et jeudi, en plus d'un mini-robot en forme de serpent jeudi, a déclaré à l'AFP un porte-parole de Tepco [...]

[...] Du fait de l'extrême radioactivité et de la haute complexité des lieux, Tepco n'a toujours pas pu commencer l'extraction des quelque 800 tonnes de combustible nucléaire et de débris fondus dans les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale. Tepco a déjà reporté plusieurs fois le début de ce processus qui nécessite des robots sur mesure. Un premier test d'extraction est prévu pour octobre. Les travaux pharaoniques de décontamination et de démantèlement de la centrale doivent durer encore plusieurs décennies. [...]

Le Figaro
Commentaire de Marie-Hélène, qui pense à l'emploi senior : "On aurait pu envoyer ma belle mère avec masque et tuba !"

Vendredi 1/3, 0h20

Incendie de forêt au Texas au nord-ouest de Pantex.
Un article complet sur l'installation de Pantex, les risques nucs et chimiques et l'évolution du risque incendie avec le changement climatique.

Un incendie de forêt dans le Texas Panhandle a contraint mardi la centrale nucléaire de Pantex, une installation nucléaire au nord-est d'Amarillo, à cesser temporairement ses activités et à évacuer les travailleurs non essentiels . Les ouvriers de l'usine ont également commencé la construction d'une barrière coupe-feu pour protéger les installations de l'usine.
L'usine a repris ses activités normales mercredi, ont indiqué des responsables.

[...] Bien que la cause spécifique de l'incendie de Smokehouse Creek n'ait pas encore été identifiée, le changement climatique rend plus probables les incendies de forêt explosifs, avec de graves implications pour les programmes d'armes nucléaires du pays. [...]

Bulletin of the Atomic Scientists, Les incendies de forêt au Texas obligent une importante installation d’armes nucléaires à suspendre brièvement ses opérations, par Jessica McKenzie , François Diaz-Maurin | 28 février 2024
Site d'assemblage et de démontage d'armes nucs, Pantex, USA, Google Earth

Jeudi 29/2, 18h30

J'irai à Irpin demain, par le train de nuit. J'ai pris un billet moins cher (tu sais, les couchettes en dortoir, comme le train pour la Crimée en 2013), parce que je veux acheter un livre du poète Maksym Kryvtsov, tué sur le front en janvier (tu en as parlé sur le blog [le 9 janvier, 11h50]).

J'arrive à 6h30, je vais à Irpin en bus. Je fais le ménage dans l'appartement, je règle l'histoire de la fuite du toit, je vais voir le médecin et l'après-midi je retrouve mon amie Nastia, à Kyiv. Pacha nous a commandé de boire à sa santé un B52, tu vois ce que c'est ? Un cocktail — je ne sais le rapport avec l'avion.
Nastia veut me présenter une amie, qui lui a sauvé la vie ; elle pense que c'est important de croiser nos réseaux, que ça peut être utile. Voilà. Iryna a vos numéros, Pacha a vos numéros, s'il m'arrive quelque chose. C'est bien.

Je pense que Zelenski ment quand il parle de 31 000 soldats tués... Je veux aller à Maïdan, pour sentir. Kyiv me manque.
Une exposition de Maksym Kryvtsov démarre lundi... je serai repartie. Il y aura peut-être une autre occasion.

[...] Ça allait, jusqu'à dimanche, quand on a pensé que Roman... ben, on savait où il était, donc... J'en ai parlé avec maman le soir. Mais le matin, elle avait le dos bloqué, mal du pied aux fesses. Elle a dit qu'elle avait dû dormir de travers, mais oui, j'ai culpabilisé — ben tiens !

[...] On a pu se parler 3 minutes avec la vidéo hier. L'image était un peu cubique [pixelisée] et le son, pas terrible... J'ai vu qu'il est fatigué. Il creuse, dans le vent.
Mais je sens que ça commence à l'agacer qaund je dis : "Prend soin de toi, sois prudent, je t'aime..." Il dit : "Ça va, on est dans un coin tranquille, on est loin du front, on fait ce qu'il faut". Mais, tu vois la photo — oui, la fusée Grad plantée dans le champ —, c'est sur la route vers la position, la route de son travail. Donc...

[...] Je fume un tout petit peu, quand je vais faire les courses. Je fais du crochet, je ne sais pas, je m'accroche à mon crochet.

[...] Il a perdu son couteau, il m'a demandé de lui envoyer un couteau. "Tu veux autre chose ? Du chocolat... ?" "On a du chocolat, à manger, non rien".
J'ai fait un colis avec le couteau et ses bonbons préférés : avec du caramel, du miel, des noisettes... Dans le magasin, il y a une boite, une sorte de boite à bonbons pour les soldats : on peut en mettre dedans, c'est pour les soldats. J'ai demandé si c'était bien sûr qu'ils arrivent aux soldats, mais la vendeuse m'a dit que le patron de la boutique les porte lui-même, enfin pas jusqu'au front, mais tu vois, c'est sérieux.
Il a reçu le colis, oui. Pacha m'a dit : "tu as mis des bonbons, je n'avais pas besoin...". Mais au bout de trois minutes, il dit :"attends, je vais en chercher un". [...]

Olga, Viber (vocal)

Page Facebook de Maksym Kryvtsov

Ma tête roule de lisière en lisière entre les tranchées
comme une boule d’herbes sèches
comme une balle
mes bras arrachés
feront des violettes au printemps
mes jambes
seront emportées par les chiens et les chats
mon sang
peindra le monde d’un rouge nouveau
Pantone sang humain
mes os
s’enfonceront dans la terre
formeront une carcasse
ma mitraillette trouée
rouillera
la pauvre
mes affaires de rechange et mon équipement
iront aux nouvelles recrues
vivement le printemps
pour qu’enfin
je repousse
en violette.

Maksym Kryvtsov (1990-2024), dernier poème, traduit de l’ukrainien par Nastasia Dahuron, Desk Russie

Jeudi 29/2, 18h10

Cartoon Movement, Paolo Calleri, Récemment en Transnistrie

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que Moscou "examinerait avec attention" l'appel des autorités de la région moldave de Transnistrie, contrôlée par Moscou, à une "protection", a écrit le média russe RBC, contrôlé par l'État, le 28 février. [...]

The Kyiv Independent, traduction automatique

Jeudi 29/2, 11h10

Les nouvelles d'Olga et Pacha, ce matin, sont plutôt bonnes dans le contexte.
Elle souffre de l'incertitude : la situation et les perspectives de Pacha changent trop souvent, les ramifications de la guerre bougent très vite.


Mercredi 28/2, 21h55

Lu aujourd'hui.

The Conversation : Quelle est la définition du trouble de stress post-traumatique (TSPT) ?

Francis Eustache : Selon la classification américaine du DSM (pour l’anglais « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders », en français « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques ») qui fait consensus, le trouble de stress post-traumatique (TSPT, en anglais PTSD pour post-traumatic stress disorder) survient chez une personne menacée dans son intégrité personnelle parce qu’elle a été exposée à un événement traumatique.

Ce traumatisme est une rencontre entre un événement stressant majeur (catastrophes, guerres, violences faites aux femmes, attentats…), un ressenti subjectif et un moment particulier. Il va d’abord généralement déclencher un stress aigu intense. Si cet état perdure au-delà d’un mois, on va parler de trouble de stress post-traumatique (TSPT).

The Conversation : Quels sont les principaux symptômes du TSPT ?

Francis Eustache : Le TSPT est composé d’un certain nombre de symptômes dont l’élément cardinal est la reviviscence dominée par des intrusions. La personne va avoir l’impression subjective de revivre, comme s’ils étaient à nouveau présents, des éléments sensoriels très émotionnels qui appartiennent à l’événement traumatique comme des images, des bruits, des odeurs disparates…

La personne prend conscience de ces éléments intempestifs, très difficiles à vivre. Pour se protéger en quelque sorte, la personne essaie d’éviter les situations sociales qui peuvent favoriser, selon son analyse, cette réémergence. Ce mécanisme d’évitement va devenir à son tour son symptôme parce qu’il va couper la personne de son environnement et de ses proches qui pourraient l’aider.

Au cœur du TSPT, on trouve donc ce double symptôme d’intrusions dans le présent d’éléments du traumatisme vécu dans le passé, parfois des années auparavant, et d’évitement de ces éléments. Les intrusions peuvent survenir quand la personne est confrontée à des situations qui rappellent le traumatisme (lieux fermés, endroits particuliers dominés par certains bruits…). [...]

[...] The Conversation : On distingue un TSPT spécifique lié à des événements traumatiques répétés comme les conflits armés, à l’image de ce qui se passe en Ukraine. De quoi s’agit-il ?

Francis Eustache : On parle effectivement de TSPT complexe (ou de type 2), quand le trouble se développe à la suite d’événements multiples répétés dans le temps, dont les caractéristiques sont plus proches de ce qui se passe en Ukraine (alors que le TSPT simple ou de type 1 est consécutif à un événement traumatique unique, comme un attentat). Dans le TSPT complexe, en revanche, la situation traumatique est répétée, sur le long cours.

Chez l’adulte, les personnes concernées par un TSPT complexe vont connaître les mêmes symptômes que dans un TSPT simple, associés à d’autres symptômes dominés par ce que l’on appelle les symptômes dissociatifs. Les personnes ont l’impression d’être déconnectées de leurs pensées, de leur corps, de la réalité. On parle parfois de dépersonnalisation. La personne a l’impression d’être en dehors de sa personnalité habituelle, elle est moins réceptive à ce qui se passe autour d’elle.

Cela peut être considéré comme un moyen de défense face à la réalité qui est difficile à supporter. Cela peut aussi conduire à des formes d’amnésie, dite dissociative, car la personne n’enregistre pas ce qu’elle vit quand elle est dans un tel état de conscience. [...]

[...] The Conversation : Les Ukrainiens sont-ils condamnés à souffrir de TSPT parce qu’ils vivent un conflit armé ?

Francis Eustache : Un nombre important de personnes confrontées à des zones de guerre intense seront concernées par un TSPT, que ce soit les soldats de plus en plus épuisés ou les populations civiles exposées aux bombardements répétés. Mais cette pathologie est mouvante et évolue au fil du temps, elle n’est pas forcément définitive.

De plus, le TSPT revêt des aspects individuels et collectifs, et dépend également de l’évolution de la situation générale dans le pays. Il convient également d’établir des distinctions entre les personnes qui sont au front et celles qui en sont éloignées, même si des bombardements peuvent avoir lieu à l’intérieur des villes.

De plus, l’évolution peut être favorable si les personnes concernées par un TSPT bénéficient d’une bonne prise en charge au plan sanitaire et social : elles vont aller mieux si elles retrouvent un environnement sécurisant.

La guerre en Ukraine est difficile à appréhender parce qu’elle se déroule actuellement. On manque de recul et, globalement, la santé psychique des personnes dépendra beaucoup de l’évolution du conflit et de sa résolution.

The Conversation, entretien avec Francis Eustache, neuropsychologue, directeur de recherches au sein de l’unité Inserm « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » à l’Université de Caen-Normandie. Il est Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE) de Paris.

Mercredi 28/2, 21h45

Photo : Pacha, sur la route du "travail" (Olga via Viber)

Mercredi 28/2, 19h40

Pendant ce temps, la farandole du nuc.

L’automatisation de la gestion des déchets radioactifs enfouis sur le site controversé de Bure (Meuse), où l’homme ne pourra pas intervenir en raison des radiations, est validée, a annoncé mercredi 28 février l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Des robots seront donc à l'œuvre. [...]

CNews

Avec la crise de Gaza, une sorte de Rubicon nucléaire a été franchi : des responsables israéliens élus – un vice-ministre et un député du parti au pouvoir – ont non seulement fait publiquement référence à la possession israélienne d’armes nucléaires, mais ont également suggéré comment de telles armes pourraient être utilisées pour cibler Gaza. C’est sans précédent. [...]

Bulletin of the Atomic Scientists, traduction automatique

[...] Ce mardi, le gendarme du nucléaire a demandé à EDF de mettre en place un « plan d'action » pour lutter contre les risques de « fraudes » dans la filière nucléaire. Une annonce qui est intervient au lendemain d'une audition du PDG d'EDF, Luc Rémont au cours de laquelle l'ASN l'avait interrogé sur les actions que son entreprise « comptait mettre en œuvre pour renforcer la lutte contre la fraude dans la chaîne de sous-traitance et d'approvisionnement [...] ».

La Tribune

Une usine d'armement nucléaire située au Texas a dû interrompre temporairement ses activités ce mardi 27 février en raison de la proximité d'incendies de forêt, tandis que des villes voisines étaient évacuées. "Les opérations à l'usine Pantex ont été interrompues jusqu'à nouvel ordre. Toutes les armes et les matériaux spéciaux sont en sécurité et ne sont pas affectés", a affirmé un message publié sur X (anciennement Twitter) par la centrale nucléaire de Pantex. [...]

BFM TV

L'autorité en charge de la sûreté nucléaire (ASN) a demandé à EDF de "corriger" certains plans de soudures du futur EPR de Flamanville comportant des "ratures" qui les rendaient peu lisibles, à la suite d'une visite de contrôle du chantier.
"Compte-tenu (du fait ) que ces éléments rendent très difficile l'utilisation de ces plans en exploitation, les inspecteurs ont souhaité savoir si ces derniers étaient à l'état provisoire ou si ce sont des plans définitifs prévus pour l'exploitation du réacteur", indique l'ASN dans sa lettre. [...]

Connaissance des énergies

Mercredi 28/2, 13h45

C'est la fatigue émotionnelle.
Roman, coproprio du Faucon [la voiture 4x4], a été considéré disparu. Pacha a dû faire un colis pour les parents de Roman, trier toutes ses fringues. Sa mère n'était pas capable de parler, Pacha communiquait avec la tata de Roman. Tu imagines son état moral, il était épuisé physiquement et écrasé psychologiquement. Mais hier soir Pacha m'a dit que Roman est vivant, légèrement blessé, il sera évacué à [x]. Dieu a bien fait son boulot, il a évidemment reçu notre petit mot. La mère de Roman n'arrive pas à parler quand-même, [Pacha] n'a pas précisé si elle ne parle pas du tout ou seulement avec les confrères de son fils.
Pacha [...] et les trois camarades de l'équipe qui restent construisent une autre position/blindage/poste, je ne sais pas comment expliquer. Ils doivent le faire vite, ils sont tous à bout de forces. S'ils n'arrivent pas à aménager la position à temps, ils seront transférés à l'infanterie. Je lui ai envoyé un petit colis avec des cigarettes, des bonbons et un couteau, Pacha a perdu le sien.
Je n'ai pas parlé à Tola ou Valera, le trou était profond. Ça va mieux maintenant.
Des bisous.

Olga, Viber (texte)

Mardi 27/2, 23h55

Lu aujourd'hui.

Dans les premières heures de son invasion à grande échelle, le président russe Vladimir Poutine a ordonné à ses troupes les plus d’élite de se placer derrière les lignes ennemies jusqu’à un aérodrome situé juste à l’extérieur de Kiev, qui était normalement utilisé pour le fret et les essais en vol : l’aéroport Antonov d’Hostomel [à côté d'Irpin]. Des dizaines d'hélicoptères ont transporté des centaines de soldats aéroportés russes à proximité du quartier central de la capitale.

Ce moment précis représentait le point de danger et de vulnérabilité maximal pour la survie de l’État ukrainien moderne. Après avoir pris l'aérodrome lors d'un assaut aérien, les forces russes avaient désormais la possibilité de faire atterrir d'énormes avions cargo remplis de véhicules blindés et de milliers de soldats dans la banlieue de Kiev. Avec cette capacité, la ville pourrait tomber en quelques heures et, avec elle, le gouvernement démocratiquement élu. [...] [Les pistes ont finalement été détruite par une poignée de soldats ukrainiens et un peu d'artillerie]

[...] Tatiana Slesareva, professeur de mathématiques à la retraite vivant près de l'aérodrome [d'Hostomel], a dénombré 36 hélicoptères le matin du début de la bataille. Elle parlait souvent avec les jeunes soldats russes qui passaient devant chez elle – ils étaient choqués que les Ukrainiens ne soient pas prêts à accepter leur « libération ». Un jour, elle s'est entretenue avec un commandant russe dont les troupes revenaient tout juste d'une défaite cuisante.

« Il a commencé à me parler de manière hostile. 'Sais tu ce qu'il s'est passé? J'ai un ami resté là-bas, dans un tank. Ses jambes ont été arrachées !' », a-t-elle raconté. « Qu'est-ce qu'on t'a fait ? Nous sommes venus pour vous libérer !

[...] Cette période lui a laissé de terribles cicatrices mentales. Alors que nous parlons de la période d’occupation, lorsqu’elle était sans électricité, sans gaz et sans informations du monde extérieur, elle laisse échapper ces grognements et gémissements involontaires. C'est plus d'un an plus tard.

Un jour, pendant l'occupation, elle sentit que quelque chose n'allait pas : les chiens n'aboyaient pas et même les poules dans la cour étaient silencieuses. Les cris et les gémissements normaux des véhicules et des chars étaient absents. Au début, ils étaient trop pétrifiés pour faire quoi que ce soit, mais trois jours se sont écoulés et elle a dit à son mari qu'ils devraient sortir pour voir ce qu'ils pourraient découvrir.

« J'ai vu huit personnes marcher vers moi », a-t-elle déclaré. De loin, elle ne pouvait pas dire qui ils étaient – ​​russes ou ukrainiens. « Et je leur ai demandé : « Êtes-vous à nous ? » », se souvient-elle. « Et ils ont répondu : 'Nous sommes à vous.' Et puis j’ai commencé à pleurer de manière incontrôlable… il m’était impossible de parler. » [...]

The Kyiv Independent, Tim Mak, traduction automatique

Mardi 27/2, 23h40

Vu aujourd'hui.

Le Monde - L'ambassadrice américaine en Russie Lynne Tracy dépose des fleurs sur le site de l'assassinat du politicien de l'opposition russe Boris Nemtsov, pour marquer le 9e anniversaire de la mort de Nemtsov, dans le centre de Moscou, le 27 février 2024. REUTERS/Evgenia Novozhenina

Mardi 27/2, 23h30

Morgan m'a offert un chouette t-shirt qui proclame en jaune et bleu, dans un style efficace et simple, le seul message nécessaire.

Pas de nouvelles d'Olga, ni hier, ni aujourd'hui.

L'une des Ukrainiennes présentes samedi au concert — elle s'appelle Olga aussi — a joué quelques airs sur une petite guitare avec beaucoup de maîtrise. Elle avait l'air de s’accommoder d'un jouet ; quelqu'un a dit que son instrument était un traditionnel ukrainien — peut-être la kobza —, mais ce n'était pas clair. Nous avons échangé des messages depuis pour se rencontrer.


Lundi 26/2, 22h10

Vu aujourd'hui.

[...] Vadim Ilchenko, informaticien dans une startup ukrainienne d'EdTech, a commencé à construire des drones en décembre. Il n'avait aucune expérience avant de découvrir SocialDroneUA, une initiative similaire à People's FPV. Son espace de travail représente un mètre carré de son balcon, rempli d'outils et de pièces détachées. « Il m'a fallu une dizaine d'heures pour assembler mon premier drone FPV », a-t-il déclaré. « J'ai beaucoup ressoudé et j'ai attendu que certaines choses soient livrées. Mais maintenant, je peux le faire en trois heures. [...]

The Kyiv Independent, par Kateryna Hodunova, L'Ukraine mise sur des drones de fabrication artisanale pour contrer la Russie - Photo : Liza Pyrozhkova

Lundi 26/2, 22h05

Lu aujourd'hui.

Il aura donc fallu patienter vingt et un mois. Vingt et un mois d’âpres négociations, de menaces et de promesses, accompagnées de moult génuflexions, pour aboutir enfin à cet épilogue : lundi 26 février, les députés hongrois ont adopté, à 188 voix contre 6, le protocole d’adhésion de la Suède à l’OTAN. Un vote qui lève le dernier obstacle à un processus entamé juste après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, et devrait permettre au royaume scandinave de devenir, dans les prochains jours, le 32e membre de l’Alliance atlantique. [...]

Le Monde

Dimanche 25/2, 14h45

Vu aujourd'hui.

Cartoon Movement, Tupou Ceruzou, Cake for Vlad

L'Ukraine continue de se défendre contre l'agression russe et contre la tentative du Kremlin de détruire l'État et l'identité ukrainiennes, malgré des difficultés croissantes deux ans après le début de l'invasion à grande échelle de la Russie. [...]

ISW, évaluation de la campagne offensive russe, 24/2, traduction automatique

Dimanche 25/2, 14h35

Lu aujourd'hui.

« Lucky, Brioche et moi », une incroyable fable ukrainienne dans la guerre, Par Ariane Chemin (Kiev, envoyée spéciale)

[...] Sur la route de l’Ouest, direction Tchernivtsi, parents et enfants peuvent enfin échanger au téléphone. Oleksandr Mykhed s’arrête un instant dans son récit. « J’ai vraiment beaucoup apprécié la première conversation téléphonique que j’ai eue avec mon père. Il me dit :

– Tu connais Varlam Chalamov ?

– Bien sûr. C’est cet écrivain génial qui a passé seize ans dans les camps de travail soviétiques en Sibérie.

– Tu te souviens que, dans ses Récits de la Kolyma, Chalamov explique que l’expérience acquise dans ces camps n’avait aucun intérêt. Aucune utilité. Nous-mêmes savons maintenant distinguer à l’oreille les sons de différents types d’artillerie, de systèmes de défense aérienne et d’avions russes. Quel besoin avons-nous de ce savoir ? » [...]

[...] La spécialiste de littérature américaine ne trouvait plus d’intérêt à son travail. « Une nouvelle fois, la littérature n’a sauvé personne », disait-elle à son fils. Ces « nazis modernes » débarqués à Boutcha ont tous passé huit ans au minimum à l’école et étudié Pouchkine, Lermontov, Dostoïevski, Tolstoï, voire Shakespeare, sans que cela les fasse hésiter, ressassait-elle. [...]

Le Monde

Dimanche 25/2, 14h30

— [moi] Il y avait une dizaine de tes compatriotes hier soir, que les chansons importées par Morgan ont ému. « On comprend tout ton ukrainien ! » lui a dit une jeune femme de Zapo, réfugiée à Metz (dans l’est de la France) et en visite par ici. Une autre, installée dans la région avec ses deux enfants a dit qu’elle voulait venir à la chorale. Une autre, également réfugiée à Metz, était en larmes au premier rang : « Ce sont quelques chansons et c’est tellement important ».

— [Olga] Oh, c'est tellement bien de l'apprendre ! J'ai l'impression d'être avec vous et de pleurer au premier rang. Je suis très fière de Morgan et de son ukrainien !

Viber (texte)

Dimanche 25/2, 14h25

Pacha est revenu à la "maison" [son poste de repli] cette nuit, ils ont dormi jusqu'à midi et sont allés construire des blindages. La ville où ils habitent a été attaquée hier soir et dans la nuit, beaucoup de destructions mais pas de beaucoup de blessés. Pacha a une bonne voix, on a parlé 3 minutes.

Olga, Viber (texte)

Samedi 24/2/24, deux ans plus tard

Après deux ans d'une observation ininterrompue des effets de l'invasion russe en Ukraine, le mini journal de guerre publié par Radio-Tchernobyl va changer d'angle.
La guerre n'est certes pas terminée, mais ces deux années détaillent assez, maintenant, ce qui me semble une persistance du 20e siècle dans le 21e.

1. Conflit temporel

L'effondrement de l'Union soviétique, la fin de la Guerre Froide, les dividendes de la paix, le commerce global, la traîne de la dissuasion nuc semblaient les marches du nouveau siècle — sur une planète malade de la croissance humaine.
A peine avait-on commencé à penser à relever les manches qu'un vieil espion tirait sur la marche arrière pour déployer sa nostalgie d'un espace-temps périmé dans l'Ukraine d'aujourd'hui. C'est peut-être la seule manière de comprendre l'expression russe officielle "d'opération militaire spéciale" : un conflit temporel.

La résistance ukrainienne a claqué la suffisance russe. Aujourd'hui que l'Ukraine est dans le dur, on oublie que les parieurs la donnaient d'emblée vaincue. Pacha et ses camarades souffrent sur le front et toute la société civile vit dans la crainte des attaques, mais l'Ukraine a résisté et interdit la Mer Noire. L'aspiration ukrainienne à se tenir au-dessus du diktat russe résiste.

2. Retour au nuc

Outre la résurgence d'une guerre d'agression, justifiée par un salmigondis idéologique ultra carnivore, dans un espace européen qui s'en pensait débarrassé, la course à une disponibilité massive de l'énergie (à l'encontre de toute autre alternative) s'accouple à la guerre dans un retour au nuc, comme au bon vieux temps de la crise pétrolière des années 1970.

Ce que l'on reprochait au paradigme de la filière nuc du siècle dernier n'a pas changé (c'est toujours complexe, long, cher, sale pour longtemps, dangereux et pas souverain pour deux sous), mais l'on tartine ces écueils d'un pur beurre startup, petit, modulaire, CO2 free et de milliards sans cesse renouvelables. C'est magique.
Cette course au nuc n'est pas seulement française, la guerre est l'occasion de rebattre les cartes.

Il est intéressant de se souvenir que la Russie, qui fait l'essentiel de son gras en vendant des hydrocarbures, n'a jamais lâché son industrie nuc, lucrative et précieuse à l'international sur le plan politique. La guerre de Putler pousse tout le monde (les acteurs historiques comme les petits nouveaux) dans ce sens-là.

3. Union de l'Europe

Sur un plan politique, la guerre a mis l'Europe au pied du mur.
Si le mélodrame hongrois a pu illustrer la faiblesse du jeu démocratique, là où les autocrates ne s'embarrassent de rien, l'Union s'est montrée unie et solidaire avec l'Ukraine. Jamais assez vite, mais tout de même : rien de commun avec les conflits précédents (lointains, lointains). Ce n'était pas gagné.

Le cinéma du Premier ministre hongrois, sous un prétexte d'alternative au militarisme de l'Union, n'est en réalité que la pointe d'un opportunisme maison (l'accès au gaz russe) et de règlements de compte avec l'esprit communautaire (les pressions de l'UE sur le népotisme du Premier ministre hongrois). Bref : du nationalo-perso qui doit nous tenir aux aguets.
Globalement, si la vitalité des nationalismes et de l'extrême-droite tend à péricliter dans l'exercice du pouvoir (Bolsonaro au Brésil), la tentation de s'enfermer dans ce que l'on a encore reste une réponse "spontanée" à la crise. Le caractère increvable d'un Trump laisse penser que le volume de l'enflure impressionne toujours.

A contrario, nous avons vu le remarquable accueil réservé aux réfugiés ukrainiens, partout en Europe.

4. Ondes de choc

Durant ces deux ans, nous avons vu que les centrales nucs, les barrages, les écoles, les gares, etc. faisaient des cibles potables pour l’obsession crasse de Putler.
Nous avons vu l'envol des drones.
Nous avons vu que les instances internationales produisaient des phrases, des visites et des injonctions.
L'OTAN s'est agrandie, la Corée du Nord aboie plus aigu, les marges de l'ex-URSS tirent sur leurs ancres.
La Chine regarde comment s'y prendre à Taïwan. Les États-Unis, dont l’interventionnisme s'est fatigué en Irak et en Afghanistan, n'ont plus tant la main.

5. Quelle suite ?

Ce résumé lapidaire est la sorte de synthèse que m'inspirent 24 mois de nourriture médiatique (ce n'était pas du tout mon régime) sans indigestion (curieusement). Ce fut ma manière d'être avec les Ukrainiens.

Durant ces deux années, éplucher les flux d'informations est devenu une activité de premier plan. Sans compétence particulière, avec des attentions variables, aussi bien que j'ai pu, j'ai posé sur le fil de ce mini-journal de guerre les exemples, les signaux, les indices, les flagrances du courant rétrograde qu'induit Putler, dans l'attente de son rencard avec la mort. Je l'ai fait pour en garder la trace précise, tant l'actualité s'enterre elle-même.

Je me souviens que Putler voulait prendre Kyiv en trois jours.
Pourquoi ne pas continuer jusqu'à... la fin de la guerre ? J'ai suffisamment relayé la parade des salopards.

J'en ai parlé à Olga, qui ne voit pas pourquoi je devrais m'interdire d'arrêter. Au motif que les Ukrainiens ne le peuvent pas ?

J'ai commencé ce journal le 23 février 2022, pour transmettre des nouvelles d'Olga et c'est devenu une revue de presse. Mais en effet, la composante unique du journal reste la voix d'Olga, de sa famille, de nos amis là-bas et du moins loquace d'entre eux (et pour cause), Pacha, sous la caillasse.
C'est sous ce seul angle désormais que je noterai, dans cette nouvelle version du mini journal, la trace du coup de main de Putler sur notre 21e siècle. Olga devient notre correspondante de guerre officielle.

Un mot de remerciement à "traduction automatique & Deepl", aux journalistes et informateurs divers, aux photographes et illustrateurs, remarquables, dont j'ai collé les phrases et les images sur mon fil durant ces deux ans.

Et un clin d’œil aux quelques lecteurs qui s'en iront parcourir eux-mêmes le Live ininterrompu du Monde, les articles du Kyiv Independent ou de Meduza, les annonces rigolotes de World Nuclear News, les mises en garde du Bulletin of the Atomic Scientists, les avis de l'ISW. Il ne me paraît pas nécessaire de surveiller les mises à jour de l'AIEA : elles se valent toutes.

Slava Ukraïny !

Lituanie, pièce de 2 euros de 2023 [sur une page blanche], "Slava Ukraïny"


Jeudi 24 février 2022, 18h00

Bonjour,

Nous venons d’échanger avec Olga et Pacha, actuellement en banlieue sud de Kiev dans leur appartement. Ils vont bien, ainsi que leurs familles proches.

Ils disposent d’un abri à proximité et des premières ressources. Un aéroport militaire a été bombardé à une vingtaine de kilomètres de chez eux. Ils entendent des explosions.

L’attaque a été un choc (nos échanges d’hier soir montraient qu’elle ne s’attendait pas à un déclenchement général), Olga est très stressée, mais s’est raisonnée au fil de la journée, à mesure qu’elle prenait des nouvelles de la famille et des amis. Elle est très reconnaissante des marques d’affection reçues, notamment de ses connaissances étrangères.

Ils sont déterminés à ne pas fuir, ce qui n’est, selon elle, plus vraiment possible (nombreux check-points, pas d’essence dans les stations ou des files interminables).

L’ami Valera (nord de Volodarka) l’a appelée : il a assisté cette nuit au passage des missiles depuis la frontière nord.

Des combats ont lieu sur le site de Tchernobyl autour du stockage des déchets. Olga rapporte que ça pourrait un enjeu pour Poutine : un moyen de pression sur l’Europe.

Elle nous fait savoir que l’Ukraine n’est pas morte !

Si vous voulez, je relaierai leurs nouvelles au fur et à mesure.

2022 : mini journal de guerre - février