Il nous est arrivé un truc bizarre.
Nous avons lu un livre.
Nous l’avons cru.
Nous sommes allés voir.

C’était il y a cinq ans.
Ça n’est jamais ressorti de nous.
Nous en parlons tous les jours.
Nous y travaillons tous les jours.
Nous connaissons bien des détails.
Nous observons le trajet en nous de ce moment de l’histoire qui ne finira pas.
Il nous habite.
Nos vies se sont réglées sur les nécessités d’en témoigner.
Pas témoigner de l’événement, témoigner de ce qu’il nous fait.
L’événement appartient au passé.
Son ombre couvre le présent, couvre tant d’avenir qu’il ne sera pas possible de le suivre jusqu’au bout, ni pour nous ni pour autant de générations qu’il en est déjà nées.
Est-ce concevable ?
Nous sommes fascinés.
L’intérêt morbide nous a quitté dès le premier séjour.
La réalité est plus troublante.
Nous choisissons d’en témoigner.
De donner à entendre ce trouble, cette emprise, cette amplitude.
Ni comme journaliste, ni comme chercheur.
Ni comme militant, ni comme activiste.
Pas même comme citoyen (l’auto-responsabilisation : fumer tue, ne commencez pas me dit l’état paternaliste, mais papa continue de vendre du tabac).
Nos moyens nous apparentent à des artistes. C’est la moindre contorsion.
Quoi d’autre : un sacerdoce ?
Nous n’avons pas tout à fait assez foi en l’homme (il doit manquer un millimètre).
Le temps de vie que nous consacrons à l’espace-temps de Tchernobyl, quelle fonction remplit-il ?
Un peu de vent par la porte entrouverte.
Un peu de vent sur la passerelle entre la Zone et nous, qui n’arrivons pas tout à fait à y croire (il doit manquer moins d’un millimètre).
Comme dit Morgane, « nous y sommes, vous y êtes ».

C’est le courage des Russes
De se pleurer dessus
Quand l’ouvrage a fini de manger
L’audace.
(anonyme)

Créée par accident en 1986, cette station unique en son genre émet sans discontinuer depuis la frontière Nord de l’Ukraine. Sa puissance d’émission est sans égal sur Terre. Son autonomie est estimée à quelques millions d’années.
La partie visible de l’antenne est une grande roue foraine reconvertie, à Pripyat, désertée de ses habitants (la station faisait trop de bruit).

Radio-Tchernobyl est aujourd’hui nichée au cœur d’un vaste parc naturel protégé du monde agressif. Son fonctionnement ne requiert aucun personnel. C’est une sorte de radio sauvage, comme certaines étoiles peuvent l’être pour nos astrophysiciens.

À proximité du site, vous n’avez pas besoin de récepteur : les émissions parlent directement à votre ADN.

À distance (jusqu’à quelques dizaines de kilomètres), vous pouvez utiliser un dosimètre pour localiser les zones de réception optimale et bénéficier de votre système de réception biologique.

Pour les distances supérieures, vous trouverez sur ce site, les relais audiovisuels susceptibles de traduire une partie des programmes. Nous faisons notre possible pour mettre en ligne l’essentiel. Merci de votre compréhension.

Vous pouvez écouter les émissions dans le corps des articles ou en utilisant leur lecteur « pop-up » (et aller consulter d’autres articles pendant ce temps).

Cliquez sur les images pour les agrandir ou accèder à des diaporamas.

Vous pouvez, par copier-coller, reporter les informations de longitude et latitude dans Google Earth. Ou télécharger, selon les cas, les fichiers de positionnement (.kmz).

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