Hiroshima est le résultat d’une décision : s’autoriser à utiliser la puissance de l’atome à des fins militaires.

Tchernobyl est le résultat d’une décision similaire : s’autoriser à utiliser la puissance nucléaire à des fins civiles.

Hiroshima n’a eu qu’une suite : Nagasaki. Personne -à notre connaissance- n’a usé, par la suite, de ce pouvoir. Il n’y a pas eu d’autres actions militaires déclarées.

Tchernobyl n’a pas eu de suite. Vingt et ans après, Tchernobyl n’a pas de suite. Aucune autre centrale n’a pété.

Pour autant, la menace d’une récidive militaire était forte. Les armes se sont multipliées bien au-delà du dernier bons sens. Et personne n’a osé. Dans le fatras de la guerre froide, personne n’a cru tout à fait assez utile de lancer à nouveau la bombe.

La menace du nucléaire civil est tout aussi prégnante. Le nombre de centrales en services, leur vieillissement dans un contexte de besoin croissant (pour suppléer aux énergies fossiles), le défrichage de la piste « fusion maîrisée », peuvent légitimement faire craindre un nouvel accident.

Mais le seul problème, au final, tient dans ce point fondamental et commun aux deux tragédies : quelqu’un a pensé un jour qu’il avait les moyens de prendre la décision d’appuyer sur ce sacré bouton.

La première bombe atomique de l’Histoire fut expérimentée sur le site militaire américain de Trinity, au nord-ouest d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, à une cinquantaine de kilomètres à l’est du Rio Grande.

L’engin, dont le nom de code était « Gadget », explosa le 16 juillet 1945, à 5h29’45’’ précise.

La puissance inusitée de la déflagration, qui atteignit l’équivalent de 19 kilotonnes de TNT, donna lieu jusqu’au dernier moment aux supputations les plus alarmistes.

C’est ainsi que le concepteur de la première pile atomique, Enrico Fermi, avait envisagé publiquement l’hypothèse d’une « explosion généralisée de l’atmosphère qui aurait détruit le Nouveau-Mexique ou même la planète. »

P. Piérart, W. Jespers, D’Hiroshima à Sarajevo. La bombe, la guerre froide et l’armée européenne, Bruxelles, EPO, 1995, p. 35. Cité par Thierry Lefebvre dans « Filmer la bombe A », internet.

Cette hypothèse d’explosion généralisée n’a pas empêché l’essai.
>> N 33°40’38.65 W 106°28’33.05