Смерть з нічого, 42 рази кожні 42 секунди навколо Чорнобиля, Паскаль Рюефф / Переклад : Ольга Мітроніна [MDR-UA]

Texte intégral en français ici

Télérama
Article de Télérama, Cathy Blisson

Le Gandhi Vert

 » La représentation se passe dans une petite pièce avec de grandes banquettes. On pourrait se croire dans un salon, entre amis.
Mais au milieu de cette pièce, il n’y a pas de table à manger, mais une scène, avec deux hommes et une femme qui nous attendent, assis, le visage grave, impassible. Ils nous regardent nous installer tandis qu’une radio émet des avis de recherche douteux.
La lumière s’éteint. La radio s’arrête.
C’est alors parti pour un voyage en direct de Tchernobyl entre un certain mois d’avril 1986 et aujourd’hui. En moins d’une heure, nous faisons des allers-retours incessants entre l’Ukraine et la France, le civilisé et l’oublié, aux rythmes d’un poème chanté, accompagné d’un accordéon et d’une harpe.
Le spectacle est saisissant. Les amis sur les banquettes ne bougent pas. Chacun retient son souffle, nos cœurs s’emballent à l’écoute de ces carnets de voyage, plein de vérité et d’esthétisme.
Ces trois artistes nous emmènent au cœur d’un enfer où l’homme semble être tombé et peine à se relever.
Et lorsque les lumières se rallument, nous ne sommes pas tristes. Non, après avoir vu ce spectacle aussi beau et surprenant, nous ne pouvons qu’être soulagés et exaltés. »

« Fermez les yeux, imaginez un Bertrand Cantat à la voix / slam / poétique, (L’Europe, Nous n’avons fait que fuir), un John Cale à l’accordéon et une Nico période “The Drama of Exile” au chant. Pour le rythme, aucun batteur ne fera mieux l’affaire qu’un flash lumineux périodique et entêtant.
Vous obtenez ainsi l’arène hantée du spectacle “Mort de rien – 42×42 secondes autour de Tchernobyl ».
Une plongée dans l’indicible ; 45 minutes dans un espace où le temps n’existe plus. Des centaines d’images lucides ; récit de voyage / poétique / esthétique /exaltant.
En France, la chape de plomb qui recouvre les esprits est aussi lourde que le béton de Bouygues / TF1 / EDF. Il a donc fallu attendre vingt ans pour enfin pouvoir représenter musicalement ce grand tournant de l’humanité, ce trou noir sur Terre.
Mais vingt ans c’est une paille pour la terre morte de Tchernobyl, et pour les hommes qui vivent et vivront dans la zone contaminée.
N’échappez pas à cette réalité ; si vous avez encore le temps, courrez remplir les sièges de ce petit théâtre…  »

Catherine Gendrin, conteuse

 » J’ai beaucoup aimé ce spectacle. D’abord parce qu’il est courageux, inventif, inédit, et rien que cela mériterait qu’on le soutienne et qu’il parle de ce qui fâche, ce qui est tout de même un de nos rôles d’artiste non ?
Ensuite parce qu’il n’est ni racoleur, ni documentaire, mais très bien documenté, ni moraliste, ni sensationnaliste et pourtant profondément humain. Ensuite parce qu’il est très bien écrit dans une écriture qui ne copie rien ni personne.
Enfin parce que le comédien a une voix, une diction, une présence étonnantes, émouvantes et presque pourtant diaboliquement détachées. Froid et chaud à la fois, on le sent formidablement impliqué au plus profond de ses tripes, et en même temps toujours à distance, se préservant de tout le pathos que ce sujet pouvait engendrer.
J’ai aimé la musique et les chants aussi, purs et violents dérangeants et envoûtants. Je ne reconnaissais pas le russe (bien que cela y ressemblait) et j’ai appris qu’il s’agissait de biélorusse, moi qui ne savais pas que cette langue existait ! Une connivence parfaite entre les trois.
Enfin je suis venue avec deux amis dont l’un est régisseur lumière à la comédie française, ils ont beaucoup aimé. Et surtout avec mon fils Idir de 17 ans et sa compagne. Ce matin il s’est levé en me disant « décidément j’ai beaucoup aimé ce spectacle. » Alors si ça touche aussi les ados, moi ça me fait doublement plaisir…
Ça fait du bien de voir aussi qu’il y a des artistes qui cherchent, innovent, prennent des risques, et surtout donnent du Sens à ce qu’ils font !… »



Eric Troussicot, commissaire d’exposition et scénographe (Mort de rien au TNT de Bordeaux, festival Chahuts 2010) :

« Une question qui me taraudait avant de m’endormir lorsque j’étais enfant : que deviennent les paysages la nuit en mon absence ? Mort de rien m’offre une réponse et une réminiscence : ils traversent sans lumière. La lumière étant juste ce qui nous permet de les interpréter.
Le poème live de 42 x 42 secondes éclaire cette contamination active invisible à l’œil, sans pathos, et nous propose un voyage retour dans le trou du temps de Tchernobyl, à bord d’un cockpit scénographique réduit au strict minimum, qui s’évente avec intensité, sans résonner dans le décor désincarné et nu du TNT.
Trois atomes lumineux projetés au sol : la voix maîtrisée et à fleur de Pascal Rueff, la harpe, réacteur incliné, de Morgan Touzé et le bandonéon de Philippe Ollivier. Une évocation à rebours de la catastrophe, qui en apesanteur bouleversée, cherche à l’intérieur du fût l’erreur incompréhensible, mais prévisible de la fission. Une succession à perdre le souffle d’énumérations cinglantes, souvent ironiques, poésie pure, qui s’agglomèrent et se frottent, pour décrire l’incompréhensible face à cette quantité inconnue. Un monstre qui tousse une ADN de mort pour plusieurs générations. Un cantique pour ceux qui y séjournent encore. L’abordage, sans effet de mémoire du temple sarcophage.
Mort de rien emballe avec beaucoup de rythme les témoignages, puis relâche la tension, avec pudeur, et nous conduit à l’issue : instant sublime avant le paroxysme, où se diffuse un comprimé de silence.
On ne peut qu’écrire un poème après Tchernobyl, sans nécessairement inventer une langue pour narrer l’indescriptible, de toute manière il n’y a rien à voir, juste témoigner parce que “nous y sommes, et avec Mort de rien, vous y êtes”. »

Photo : Neopassang

L’émission « Chroniques d’Ukraine » vous propose d’assister à la diffusion publique du poème-live « Mort de rien » de Pascal Rueff :

– (22) Lannion, Le Pixie, 20 et 21 septembre 2014, 21h
– (22) Guingamp, lycée Notre Dame, 22 janvier 2015, 9h30 et 14h

« Mort de rien » a été créé le 2 décembre 2006 à Saint-Brieuc, à l’initiative de William Domenech pour le festival Paroles d’Hiver.
Le texte de « Mort de rien » est publié aux Éditions de l’Oeil.

Dossier du spectacle [Mort de rien – 42 x 42 secondes autour de Tchernobyl]
Photo de presse (crédit : Morgan Touzé) [Mort de rien – Photo de presse]
Affiche [Mort de rien – Affiche]
Fiche technique [Mort de rien – Fiche technique]