En revenant d’Ukraine cette année, je me suis surpris à savourer pouvoir aller et venir dans l’herbe sans l’alerte qui s’était installée là-bas, en quelques jours de fréquentation des terrains contaminés.

Je suis en train de réfléchir aux conséquences d’un accident français.

C’est un acte raisonnable.

Sans parler de Tchernobyl, nous avons maintenant assez d’exemples de situations de crise en France : les incidents dans l’électronucléaire sont assez fréquents. Ces dysfonctionnements font l’objet de déclarations. Sans doute dans une autre branche de l’industrie humaine, (la plupart de) ces évènements seraient jugés trop bénins pour être rendus publics. Pour le nucléaire, on préfère baliser les dérives et une échelle internationale de gravité (INES), comme l’échelle Richter pour les séismes, qualifie le degré d’importance de chaque évènement déclaré.

L’exemple de l’incident survenu à la centrale de Dampierre, le 10 avril 2007, montre que les autorités de surveillance affichent en temps réel les informations communicables.

L’exemple du « pic de radioactivé » survenu à Metz le 20 juin 2006, montre pour sa part un grand flou quant à la notion de « communicable ». A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas bien compris si cette affaire est un canular ou si elle l’est devenue par commodité. Quoi qu’il en soit, l’incident a aussi montré que la population pouvait réagir sérieusement à une menace, avertie -il est vrai- par un courant citoyen (peut-être infondé).

Je crois que l’organisation d’exercices visant à vérifier les plans sur une grande échelle et impliquant la population serait une mesure raisonnable. Elle aurait l’avantage de familiariser les gens avec les comportements sains face aux risques industriels et à leur faire mesurer le prix (éventuel) de nos choix technologiques.

Je ne sais pas pourquoi je dis ça. Il y a bien d’autres problèmes. Et celui-là n’arrive pas en tête des préoccupations

Le problème avec ce problème est le suivant : il y a peu de risque qu’un accident de l’ampleur de celui de Tchernobyl arrive. Pourtant, s’il arrive, il faut savoir que le coût pour y remédier plus ou moins est absolument hors-normes.

Maintenant, nous le savons.

Tchernobyl nous l’a appris.

J’ai commencé à réfléchir aux conséquences d’un accident français. Cette étude implique de réunir une vaste documentation : géographie et météo, démographie, contingents de secours, moyens d’évacuations, besoins en eau et en vivres, en soins, contrôle de l’information, contamination des pays frontaliers et impact politique, indemnisation des victimes, etc.

Il me paraît évident que nos niveaux de vie -français, allemand, luxembourgeois-, bien supérieurs à celui des paysans ukrainiens et biélorusses, pèserait sur le coût global d’un accident français d’un facteur d’au moins dix par rapport à celui de 1986.

Un paysan, rencontré dans les chemins, nous a dit toucher par mois, du fait de l’accident, l’équivalent d’un franc cinquante. Je ne sais pas à quel titre exact cet homme est indemnisé, mais l’indemnisation signe une implication offcielle. Qui se satisferait d’une prise en compte aussi symbolique en Europe de l’Ouest ?

Les paysans ont quitté des maisons que l’on qualifierait facilement de cabanes. Qui abandonnerait sa maison, sa voiture -des patrimoines considérables au regard de l’économie ukrainienne-, sans garantie d’une indemnisation sérieuse, en Europe de l’Ouest ?

Sans compter qu’à notre frontière Est, s’étend l’une des plus forte densité de population d’Europe. Rien à voir avec l’univers rural d’Ukraine du Nord.

Réfléchir ne fait pas de mal.

Je crois qu’en cas d’accident de niveau 7 en France, l’Etat n’aurait grosso modo qu’une alternative : ou il saute (la faillite) ou il s’enferme (l’état d’urgence long).