Ca m’avait déjà frappé l’an passé : le Musée de Tchernobyl, à Kiev, est une messe pesante. Ca à l’air d’une formule critique : messe pesante.

L’escalier est coiffé d’une double suspension de panneaux : les noms des villages enterrés.
Face : le nom, pile : le nom barré au rouge. Sortie de village.

Ensuite, le très grand nombre des tristes portraits militaires : les types dans la pose grave du livret. Des petites images. Ils ont tous l’air prêts à quelque chose de grave. Sans comprendre que nous savons.

Les objets, les outils de ce travail hors-norme : les cartes, les schémas, les tubes de dosimètrie personnelle, les combinaisons, les panneaux, les véhicules, dehors.
Les icônes, les offrandes, les ours en peluche dans la barque pendue au centre de la grande pièce aux affiches.
L’attirail médical.
Les mises en scène naïves.

On ne peut pas traverser le musée sans se tasser un peu.
On n’a pas l’air d’y être, avec eux, parce que tout respire l’anniversaire permanent du défunt. Les images ont plus de vingt ans : elles datent du mystérieux empire soviétique. Tout à l’air usé. Grisé.

On est dans la commémoration silencieuse d’un grand drame d’une autre ère. Et l’on débouche tous nos millésimes de sympathie.

N50°27.984 E30°31.061

Cette fois-ci, des classes visitent le musée. Ca doit leur paraître comme la guerre, à ces jeunes, un vieux truc inévitable. Un drame des débuts de l’actualité. J’imagine. Ils sont tout grave.

L’année dernière, il m’avait semblé que les Ukrainiens n’aimaient pas leur musée. C’était le vingtième anniversaire et le bâtiment donnait l’impression d’avoir été transferé en catimini dans un quartier lointain. Une troupe à l’âge bête se faisait tancer par la surveillante.

Cette fois, -peut-être la ferveur de Pâques-, ça sent l’agitation des avants-messes, on craint que quelque chose manque aux besoins du service, assuré par des femmes. Le gardien reste en bas, au vestiaire.

C’est ici que je comprends le moins l’accident.

J’aime bien ce musée.

Et puis, à un moment, je dois sortir.