La première fois, la coque en béton a tenu. Avec un ou deux pets.
La deuxième fois, le territoire était vaste, tu sais bien, et le nuage
jouait à saute-mouton.
La troisième fois, c’est une île. Le bord de mer rompt les taches.
La quatrième fois, difficile à dire…
Nous répandons de l’énergie, qui n’a rien à faire dans le dehors.
Nous ne le faisons pas exprès.
Nous aimons jouer serré.
La quatrième, nous lui sommes antérieurs.
Mes enfants, écoutez-moi.


Voilà, installez-vous.
Je vais vous expliquer quoi faire quand la quatrième pétera.
D’abord, choisissez d’habiter le plus loin possible des concessions nucléaires.
Oui, ça permet de gagner quelques heures.

Gardez une oreille sur les informations grand public.
Si elles vous disent « un », multipliez par trois, divisez par deux.
Vérifiez par les réseaux, ce sont des amplificateurs.
Si ça vous dit « deux », multipliez par deux, divisez par trois.
L’inverse, oui.
Pas la peine de s’affoler. Si ce ne sont pas des bombes, ce n’est pas mortel tout de suite (vous serez loin).
Si ça vous dit plus de « trois » ou « quatre », laissez tomber le calcul, il est temps d’agir.
On vérifie sa provision d’eau, oui. Très bien. On visualise vite fait où sont les proches, que l’on aime.
Et puis ?
On se renseigne. On étudie le cas. On se réfère aux dossiers préparatoires. Géographie, météo, historique de la concession. On évalue, plus ou moins, en quoi ça nous concerne.
Le dosimètre est allumé. L’alarme est réglée à cinquante pour cent au-dessus de la valeur basse habituelle.
Par exemple, si chez toi, il fait zéro dix, tu règles l’alarme à… ?
Zéro quinze, très bien.
Après ?
Eh bien, tout dépend de la situation et du temps, donc, que l’on peut espérer avoir devant soi. Avant de rencontrer l’événement.
Le planning antérieur, tout à fait.
Si l’on a peu de temps, on ne chipote pas. On applique le plan. Point. Si l’on doit évacuer et qu’il vaut mieux tuer la vache, il faut le faire. Si vous avez décidé, par exemple, qu’une seule hypothèse favorable de sauver la vache ne devait pas peser, ce n’est pas le moment d’y revenir. C’est le meilleur moyen de s’attraper des tortures.
Il ne faut pas tuer la vache, il faut lui ôter ses entraves, tu as raison.
Si l’on a plus de temps, bien sûr, alors on peut se permettre de dire au revoir aux choses. Plus ou moins.
Si c’est une bombe, la marge de manœuvre est nettement plus pauvre. Chacun se comportera d’abord comme il aura réfléchi de le faire. Et puis, avec les secondes, chacun verra bien ce que la vie veut lui dire, à la fin.

Moi ?
Eh bien, j’ai prévu de dire un secret au plus petit. La bombe arrive et je lui raconte un truc inouï. Et en même temps, je ne veux pas du tout qu’elle arrive. Jamais je n’aurai voulu quelque chose à ce point, mais, bien sûr, ma volonté n’y peut rien. On ne peut pas opposer grand-chose à une bombe, vous le savez bien. Lui faire un flash d’ombre.
Bon. Assez papoté. Allez gouter.
(Les gosses s’égayent).
Mais ça me fait penser au problème de mettre en route des stations parlantes en territoire pourri, s’il est global.
Si tout est cramé, partout, c’est un problème.
Je veux dire, ça ne me dérange pas que les stations parlent toutes seules, mais ça me dérange de n’avoir pas pensé à leur donner la possibilité de démarrer toutes seules.
J’y retourne.