Pourquoi repartir, encore et encore ? Pourquoi continuer d’interroger Tchernobyl ?
Tout a changé depuis mars et l’accident japonais.



Il ne s’agit plus de dire : « Cela (l’affaire inhumaine) ne doit plus se reproduire ».
Ou même : « Cela (la chose impensable) ne doit plus nous tenir à l’écart même de lui parler. »

Les manchots politiques peuvent bien se mentir. Tchernobyl s’est introduit dans l’ADN, sans doute le seul code vivant connu.
Et avant lui cinquante ans de poudre aux yeux, de perspectives radieuses, de bombes démonstratives et de normes arrangeantes, pour finir.
Et maintenant, le bazar du Japon.
La chose hypertrophiée nous a botté le cul.

A très petite dose, pour la plupart d’entre nous ?
Allons !
Pourquoi une dose supplémentaire de toxique devrait-elle compter quand bien des humains meurent tout à fait de faim, de religionite, ou dans les attaques du grand fric ?
Pourquoi tant craindre cette manière de muter, de mourir ?
La chimie à grande échelle n’est pas moins nocive.
Et les nouveautés ne sont pas mal non plus (les organismes généthiquement mortifiés et les nanobidules).
Pourquoi la chose nucléaire a ces trois crans d’épouvantable en plus ?
Je ne sais pas bien au fond. Il y a sans doute des raisons.

Sans doute avons-nous davantage conscience que nous sommes une espèce fragile.
Mais bon sang, comme nous avons le bras long quand il s’agit d’aller bricoler le futur antérieur !

Peut-être que si la Deuxième Guerre Mondiale n’avait pas coïncidé avec l’invention atomique, aurions-nous vu l’ineptie de consacrer tant de moyens à pilonner l’uranium.
Le prix de toute cette poudre ?!
Mais tant que la Terre et son épicerie fine sont en libre-service, qu’est-ce que ça aurait changé ? Une abomination d’un autre genre nous serait sorti de la tête. Nous pouvons nous faire confiance.

Voilà. La chose est revenue.
A émergé ailleurs.

Pourquoi repartir en Ukraine ?
Quelle question poser, cette fois, à une Zone de vingt-cinq ans ?
Puis-je m’habituer ?
Dois-je m’entraîner ?
Peut-on se tutoyer ? Signer quelque chose, comme après les guerres ?

Dans la région de Tchernobyl, l’épicerie fine est fermée.
Et l’heure de la réouverture n’est pas connue.

Quelque chose est-il écrit sur la porte ?

Je ne sais pas.
Il faut aller voir.
On y va.
Davaï…

(et nous sommes partis du 10 août au 10 septembre…)

Pourtant, entre la réalité toute crue, ce temps présent du Japon, et l’antique catastrophe de Tchernobyl, l’accident permanent de Tchernobyl, il y a bel et bien le bénéfice d’une génération.
Où donc ?
– Les mêmes erreurs, les mêmes réponses.
Tchernobyl nous a fait commencer à l’empoigner dans nos têtes.
Ce foutu problème d’être construit avec des boulons d’ADN (un truc sophistiqué, plutôt fragile).

D’un côté, l’on pourrait dire :
Allez, ce n’est pas la peine de s’agacer.
L’espèce humaine a bien survécu au XXème siècle.
On trouvera bien comment courir.
Les gosses courent vite.

Mais d’un autre :
N’est-il pas temps, pour l’espèce, de courir après d’autres fictions ?
Nous ne sommes pas dupes : elles n’auront qu’un temps.
Mais je crois que nous aimons courir.
C’est l’exercice du prédateur, au fond.

En même temps, ces réflexions ne valent guère que le prix des électrons-volts qu’elles ont utilisé pour se dire et n’engagent donc que l’entreprise EDF.