Nous ne savons pas comment va pencher la chose.
Quelques heures encore, quelques jours et nous saurons : s’est-elle arrêtée là ? A-t-elle bousculé les efforts en cours ?


Tout ce que nous connaissons de Tchernobyl s’étale à nouveau, a repris pied. C’était entré dans le chronique, dans l’infinitésimal dangereux. C’est à nouveau éruptif.
Cette fois, chaque image, chaque bribe d’information, chaque dose vient tinter contre une cloche existante : celle de T.
Les hélicoptères, patauds, les moyens désespérés, improvisés, les errements d’annonce, les phrases politiques. L’attente. La détresse des évacués. La solution provisoire ultime qui dure, qui dure…
A nouveau le mot de « liquidateur » s’applique à des inconnus aux prises avec la chose.
Cette fois, nous savons ce que cela veut dire. Nous avons vingt-cinq ans d’expérience. Il y aura une zone interdite. Une nouvelle tache.

Mais les Japonais ne sont pas les Slaves.
Et la zone de Fukushima (le mot est entré dans la langue, résurgence du monstre) ne sera pas la zone de T.
Elle empêchera le riz. Elle restera jonchée de l’émiettage causé par la vague. Les mangas changeront de sujet.
Un réacteur fuira vers la mer. Un autre menacera toujours de s’enfoncer. Ou de bouillir. Des commémorations de fleurs de coton trembleront sous la petite neige de mars.
Puis
Une équipe, quelque part, construira le premier exosquelette blindé : une lourde épaisseur de plomb que la démultiplication mécanique permettra à un homme moyen d’articuler pour approcher du gouffre.
Les réacteurs seront davantage massifs, mafflus, complexes. Sorte de bunker, car nous nous méfierons. Nous obtiendrons que le sarcophage soit construit d’emblée. Qu’il fasse partie des plans.
Les fabricants de camions anti-émeute argumenteront que leurs lance à eau peuvent rendre service (au peuple).
Des algues spéciales fixeront les échappées de merde aux environs du rivage. Elles seront récoltées et stockées dans des enclaves concédées par les Russes. Car la place manque au Japon et le sous-sol est instable, comme on sait.
Chaque année, un nucléocrate, choisi au hasard, sera décapité à la hache. On se souviendra de l’année où le sort tombait sur un président.
Je plaisante.
L’expérience acquise au Japon sera précieuse.
Et l’on s’occupera de Tchernobyl. Car ce peuple intelligent voudra savoir ce qui l’attend.
Puis
Quelques années seront passées quand on installera dans la zone interdite de Fukushima une sonde SPATIH, version NUC, deux point sept. Ou huit.
Et ce sera la deuxième, au moins, opérationnelle quelque part.

La Tepco pense à sauver ses réacteurs 5 et 6, moi je fais de la publicité pour la poésie du XXIème siècle.
Et merde.